Fontaine de Sébazac

Posted By on 2 avril 2011

 

Les fontaines sont depuis leur création des lieux particuliers dans les communautés humaines. Dans la civilisation grecque, les fontaines étaient associées à la médecine et des cures étaient recommandées aux malades pour soigner maladies de peau, problèmes de vue … Les gaulois ont aussi sacralisé les eaux comme à l’oppidum de Bibracte dans lequel une fontaine a été récemment fouillée. Dépôts d’objets cultuels (ex votos figurant une oreille notamment) ou d’offrandes sont les témoins lointains d’un culte à cette très vieille fontaine monumentale.

Ce sont les romains qui ont étendu ce goût de l’eau tant au niveau privé que public. La maîtrise de l’eau était un des éléments de la romanisation de la Gaulle et l’aqueduc de Rodez, les termes des Balquières sont des exemples de ce goût des gallo-romains pour l’eau. Des fontaines publiques devaient exister en Rouergue comme à Pompéi ou Lyon. Les romains ajoutèrent au sacré le plaisir de l’utilisation de l’eau.

Les fontaines continuèrent leur évolution au Moyen Age qui connaissait aussi les joies de l’eau et dont les sources étaient souvent christianisées, tout comme certaines nécropoles dites barbares ou encore les croisées de chemin.

La fontaine était aussi l’expression du pouvoir d’un seigneur qui apposait parfois son blason sur l’édifice si précieux. Elle reste associée à de nombreuses légendes et comme aux temps plus reculés de l’Antiquité, eau, fontaine et sacré plus ou moins chrétien cohabitent.

Au fil du temps l’architecture des fontaines se complexifie et annonce l’âge d’or des fontaines au XIXème siècle en particulier dans les villes.

 

La fontaine de Sébazac est un exemple de cette formidable histoire humaine. Avant de la découvrir en détail, observons l’environnement dans lequel elle est située.

Son implantation est liée à la faille géologique qui traverse les Igues et le choix de cet endroit précis a dû être guidé par un débit plus important. Elle est aussi proche de la nécropole wisigothique et de la perte qui sont autant de symboles forts dans le paysage. La fontaine que vous pouvez admirer est plus récente que les tombes de la nécropole mais il est possible qu’une autre fontaine ait existé avant …

La fontaine est proche d’un abreuvoir et d’un lavoir. Toujours le même ordre : fontaine, abreuvoir et lavoir pour des raisons pratiques, les animaux n’appréciant pas particulièrement le savon ou la cendre ! Souvent en Rouergue et partout en France, les fontaines rustiques sont associées à d’autres aménagements comme c’est le cas à Sébazac.

 

L’architecture de cette fontaine est remarquable : deux arcs gothiques assez rares en Rouergue délimitent les deux bassins communicant de la fontaine. Les claveaux en calcaire sont finement taillés et la qualité du travail illustre le respect que pouvait inspirer ce monument.

Contrairement aux fontaines des villes, l’eau ne jaillit pas mais coule, parfois très discrètement, vers l’abreuvoir. La fontaine est plus utilitaire qu’ostentatoire mais présente un charme indéniable grâce à ces voûtes en arc brisé.

 

Observons plus précisément ces voûtes ! C’est le premier mystère de la fontaine.

 

Si vous regardez avec attention les pierres qui composent la voûte de l’arc, vous remarquerez qu’elles ne sont pas travaillées de la même façon. D’une part, la clef de voûte a une forme légèrement différente et d’autre part, de petits impacts sont apparents sur la voûte de droite. Si vous observez attentivement la porte de la bergerie à l’entrée des Igues, vous pourrez constater que le travail de la pierre est similaire ! Ce type de trace, caractéristique de la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle, est obtenu grâce à un outil, la boucharde. Les archives départementales de l’Aveyron ont conservé la trace des travaux d’extension de la fontaine. Le bassin de droite, l’abreuvoir et le lavoir ont ainsi été achevés le 8 Mai 1913. M. Irénée Monmouton a réalisé les travaux pour la somme totale de 4500, 59 francs. Dans le même temps, il construisit l’abreuvoir et le lavoir actuellement en place, mais ce dernier a été largement remanié. Ainsi la fontaine de Sébazac est double et le pluriel serait peut être plus adapté !

Mais quelle est la date du bassin de gauche ? Il est plus difficile de répondre à cette question car cette fontaine est beaucoup plus ancienne. Plusieurs faisceaux de preuve tendent à démontrer qu’elle date de la fin du Moyen Age.

D’une part, les ouvertures en arc brisé sont caractéristiques de la période gothique dont les fontaines se sont parfois inspirées au Moyen Age et au-delà.

D’autre part, il existe d’autres fontaines similaires et datées du Moyen Age dans le Gers à Lectoure (Fontaine de Hondelie) et même en Italie à San Gimignano. Il est peu probable que ces exemples aient inspiré les artisans sébazacois mais les datations correspondent encore au Moyen Age.

Enfin, un terrier (cadastre) de 1543 mentionne une fontaine utilisée comme point de repère. Cette trace écrite peut correspondre à cette fontaine.

 

Le bassin de gauche peut ainsi être daté du XIII-XVIème siècle, période où de nombreuses et très anciennes fontaines ont été détruites pour être remplacées par des monuments perçus alors comme plus majestueux.

 

Approchons nous de ce bassin qui a traversé les siècles. Il cache le deuxième mystère de la fontaine de Sébazac.

Au fond du bassin, une niche creusée dans un bloc de gré surplombe l’eau. Il est très probable que cette niche contenait un saint associé à la qualité des eaux. Nulle trace dans les mémoires de procession et pourtant cette fontaine a dû être sacrée à un moment de notre histoire.

 

L’architecture complexe de ce monument retrace la construction mais aussi les réparations, agrandissements qui ont jalonnés l’histoire de cette fontaine.

 

De nombreuses fontaines ont encore un rôle plus esthétique qu’utilitaire dans les villages rouergats. Cet article est accompagné de quelques photographies de fontaines datées du Moyen Age et situées dans l’Aveyron.

Les fontaines comme les croix, les puits …font partie du « petit » patrimoine ou patrimoine de proximité. A côté de chez nous, des monuments parfois discrets nous rappellent les racines profondes qui nous relient à un terroir.

Nous ne devrions pas seulement consommer le patrimoine mais aussi le transmettre aux générations futures pour qu’il dure comme il a duré jusqu’à nous.

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