Enceinte fortifiée de rebord de plateau de PLAINE ROQUE

Posted By on 23 août 2021

Cet article résume une opération de prospection archéologique réalisée par le club (Autorisation SRA numéro 1411066 du 5 mars 2019).

Le sanctuaire de Cadayrac (commune de Salles-la-source, Aveyron) a été fouillé au XIXème s. par l’abbé Cérès (Cérès 1874) qui a repéré un théâtre, un temple et des constructions. Les opérations archéologiques récentes (Pélissier et Alaux, 2015, 2016, 2019 ; Joly et al. 2018, 2019) ont confirmé la fonction de sanctuaire du site. Les raisons d’implantation demeurent obscures. L’étude du territoire environnant ce sanctuaire peut apporter des arguments utiles pour approcher la question délicate de la datation.

Le sanctuaire de Cadayrac ne flotte pas dans un paysage désert au moment de son utilisation mais s’ancre dans un territoire aménagé de longue date. Un des sites de proximité du sanctuaire est pourtant mal connu actuellement.

Le site de Plaine Roque est situé à trois kilomètres et demi au sud du temple de la Combe de Lugue. Il a été signalé par L. Balsan en 1945 et décrit en une quinzaine de lignes dans la carte archéologique de la Gaule comme un possible  « poste de contrôle de la vallée établi par les Romains » (Pailler 2011, p. 567, numéro 26).

Le site, délimité par des falaises à l’ouest et un rempart vers l’est, couvre une surface d’environ 3 ha. Le rempart mesure environ 300 mètres du nord au sud.

Ce rempart est la trace archéologique principale de ce site. Il est mieux conservé dans sa partie sud. Cette zone a été l’objet de plusieurs coupes mettant en évidence un profil formé d’un talus arrière de soutien et d’un mur présentant un parement extérieur en pierres sèches. La largeur de cet ouvrage, talus et mur en pierres sèches, est d’environ 5 mètres, allant jusqu’à 6 mètres à certains endroits et se réduisant nettement au nord du site. La hauteur évolue, notamment, selon le degré de conservation. Dépassant les 2 mètres dans les parties les mieux conservées, l’ouvrage est quasiment arasé dans la partie nord du site.

Le profil général de l’ouvrage formé d’un talus et d’un mur à parement sur l’extérieur permet d’interpréter cette trace comme un rempart de fortification associé à un élément naturel de défense.

La surface du site d’environ 3 ha place cette enceinte parmi les plus étendues du Rouergue selon les inventaires récents (Gruat, 2012) proche de l’éperon barré de la Granède à Millau pour sa taille. Une prospection pédestre systématique du site n’a pas permis de collecter de mobiliers. Quelques fragments de tegulae ont été trouvés à l’est de l’enceinte sans que la concentration soit suffisante pour fournir une interprétation claire.

Une approche comparative avec d’autre sites de la région a permis de repérer une ressemblance de la forme de l’enceinte de Plaine Roque avec celle du Puech del Comte (commune de Montjaux) dans le sud Aveyron dont une des enceintes mesure 2,3 ha (Bernat 1984).

La datation exacte pose cependant problème. En effet, l’absence de mobilier et un relevé de l’architecture du rempart tributaire des limites des techniques de prospection ne permettent pas de donner une période d’occupation précise. La logique de construction et d’usage de ce type de site s’interprète sur un temps long de la préhistoire à la protohistoire (Gasco 2009). En se basant sur les cas connus dans le département de l’Aveyron (Gruat 2012), nous pouvons avancer prudemment une fourchette très large allant de la fin de l’Age du Bronze à la fin de l’Age du Fer.

Le lien avec le site de Cadayrac qui était le point de départ de cette prospection pose alors question. A priori antérieur, Plaine Roque pourrait expliquer la présence d’une zone sacrée à proximité. La taille importante de l’enceinte de Plaine Roque, le nombre élevé de dolmens et de tumulii (Courville et al. 2020) à proximité, ou encore la permanence de l’occupation du sol dans cette zone du Causse Comtal nous semblent pouvoir mieux expliquer l’existence d’un sanctuaire plutôt qu’une création ex nihilo attribuée à une romanisation aussi soudaine qu’étonnante.

Cette campagne de prospection porte les limites classiques de cette méthode archéologique. Seuls des sondages implantés correctement ou une campagne de fouille pourraient améliorer la connaissance de ce site. A plus court terme, ce site pourra être enrichir l’inventaire de la petite dizaine d’enceintes de rebord de plateau connues en Rouergue à ce jour.

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